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TM2F

Expédition

Saint Marcouf

IOTA EU-081

23 au 26 Juillet 1999

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Compte-rendu de l'expédition par Gabriel F6DQM

Après le succès de Chausey 1998, les fous du IOTA rêvaient de Saint Marcouf dans la Manche, au large de Sainte Mère l'église.

Pascal F1ORL et Daniel F1DPP décident d'y faire un tour pour voir...

Avec l'assistance de F6FCM qui possède un petit zodiac dans le coin, ils y partent en reconnaissance en Mai 99.

Ils en reviennent avec quelques images et quelques commentaires plus ou moins enthousiastes. Pascal est super fana quant à Daniel il semble plus modéré. L'accès au fort est difficile. Ils convainquent facilement les irréductibles du radio-club d'Albert et Daniel, sous le prétexte fallacieux qu'il faut absolument un télégraphiste, arrive à m'entraîner dans cette galère malgré mon peu d'enthousiasme !

Il faut dire que l'île est plutôt hostile. Le fort qui l'occupe dans sa quasi totalité est à l'abandon depuis la dernière guerre mondiale. Il n'est accessible qu'à marée haute et au prix d'un peu d'escalade. C'est le domaine des goëlands.

On ne voit pas très bien comment on va pouvoir y transporter tout le matériel. Il y aura toujours la plage (des cailloux !) comme repli...

La décision est prise d'y aller pour le contest IOTA du 24 et du 25 Juillet 99.

L'île St Marcouf n'a vu que deux expéditions radioamateur et le numéro IOTA 81 est rare. Ca promet de beaux piles-up.

Daniel demande l'autorisation au Maire de la commune de Saint Marcouf, propriétaire de l'île, d'aborder et d'occuper le fort pour le contest.

Il s'occupe aussi de trouver un transport maritime entre la côte et l'île (distance 8 km).

Grâce à un OM local, il contacte le club de plongée de Bernay dans l'Eure qui possède une base à Ravenoville, juste en face de l'île Saint Marcouf. Ceux-ci acceptent de nous transporter et même de nous loger le Vendredi soir et le Samedi soir. Le rêve !

Encore faudra t'il que le temps soit clément et la mer belle sinon on risque fort de voir tous nos rêves de piles-up s'envoler...

La réponse du Maire de Saint Marcouf arrive début Juillet : c'est NON ! Trop dangereux.

De plus l'île est une réserve naturelle pour les oiseaux de mer et son accès est réglementé.

En fait il faut savoir qu'il y a deux îles séparées par un chenal de 200 mètres de large environ. L'île de mer, la plus au large, est occupée par le fort. C'est celle où nous envisageons d'aborder. L'île de terre, la plus proche de la côte, est réserve naturelle pour les oiseaux et interdite d'accès au public.

Après quelques renseignements pris au près des OMs locaux, il apparaît qu'on ne pourra pas nous interdire de nous installer sur la plage devant le fort, sur l'île de mer. De plus nous avons l'autorisation officielle de trafic de l'ART avec l'indicatif TM2F et cela pourra nous servir de passe-droit si la police maritime vient nous rendre visite. Conclusion, on part.

Les participants sont Daniel F1DPP, Pascal F1ORL et votre serviteur F6DQM du radio-club de Versailles, Didier F5LJA, Joël F5TBA, Louis F5JSK, Daniel F1UVN et son YXL Betty du radio-club d'Albert (80) et enfin Philippe F5OGG, le fondateur du diplôme des phares et balises, le WLH World LightHouse, qui connaît déjà l'île pour y avoir fait la première expédition et souhaite promouvoir son diplôme sur l'air, l'île possédant un phare au centre du fort.

C'est lui qui va nous apprendre que la dernière expédition s'est mal terminée, un OM accidenté ayant du être rapatrié par hélicoptère au frais de la commune de Saint Marcouf. On comprend maintenant pourquoi le Maire de Saint Marcouf ne nous a pas donné sa bénédiction !

Tout ce beau monde a rendez-vous le Vendredi soir à Ravenoville.

 

Vendredi 23 Juillet 1999 - 18 heures

Les OMs d'Albert arrivent les premiers sur la plage d'Utah Beach, F1ORL dans leur sillage.

F1DPP et moi-même arrivons une petite demi-heure plus tard.

Il fait soleil, la mer est calme et les îles St Marcouf nous font un clin d'il à l'horizon.

F5OGG devant arriver en fin de soirée en provenance de Nantes, nous nous dirigeons, en file indienne derrière F1DPP, vers la base des plongeurs.

En attendant nos hôtes qui sont sur la route entre Bernay et Ravenoville, nous avons tout le loisir d'admirer les superbes zodiacs de la base dont un équipé d'un moteur de 200 CV qui pourrait probablement emmener tout notre matériel et toute l'équipe sans broncher. Du beau matériel !

Deux petits bungalows de bois avec 4 couchages chacun nous attendent pour la nuit.

Vers 20 heures les "Squales Bernayens" ( les plongeurs) nous font visiter leurs installations. On charge deux zodiacs avec le matériel, prêts à partir dès 8h le lendemain matin. La météo est favorable.

Après l'arrivée de F5OGG et de Louis F5JXS, ancien membre du radio-club de Versailles qui vient en voisin partager le gastro, on passe à l'apéro et aux choses sérieuses. Nos hôtes nous ont préparer un repas gargantuesque : deux entrées copieuses et un immense plat de lasagnes dont même les estomacs de 5LJA et de 1UVN ne pourront venir à bout !

Comme d'habitude, Pascal ne touche à rien et se contente de grignoter des chips et de boire du coca-cola. Voilà qui s'appelle faire honneur à nos hôtes ! Insortable...

Après la vaisselle, chacun regagne ses appartements, les ronfleurs d'un côté, les soi-disant non-ronfleurs de l'autre et Daniel F1UVN avec XYL Betty dans le monospace de Didier.

 

Samedi 24 Juillet 1999 - 7h du matin

Tout le monde debout pour le petit déjeuner.

F1ORL est de mauvaise humeur. Il n'a pas fermé l'il de la nuit à cause des ronflements de Joël F5TBA. Et pourtant il s'était approprié le grand lit en virant Louis sur un matelas pneumatique ! Bien mal acquis ne profite jamais ...

A 8h on enfile les gilets de sauvetage (on ne sait jamais). Didier se demande si un seul va suffir ?

Direction la plage.

La mer est d'huile et le soleil brille.

Tout le monde embarque sauf Betty qui garde la maison.

On se mouille un peu les bijoux de famille pour rejoindre les zodiacs et il faut au moins deux plongeurs pour hisser par dessus bord la masse imposante de Daniel F1UVN.

Tout le monde est dedans et en route pour les îles.

Après dix minutes d'une traversée super calme, on aborde l'île de mer dans un concert de cris de goëlands que manifestement on dérange.

Pascal veut absolument trafiquer dans le fort malgré l'interdiction municipale. Les plongeurs font entrer les zodiacs dans la passe qui permet d'accéder à l'entrée du fort.

Sauf pour Pascal qui ne veut pas entendre raison, il devient vite évident qu'on ne pourra pas escalader les éboulis avec le matériel. De plus l'entrée du fort est beaucoup trop haute par rapport au niveau de l'eau.

Les zodiacs ressortent de la passe dans un chenal tout juste assez profond pour passer et s'en vont accoster à côté sur la plage de galets. Ca sera moins risqué pour le retour !

Tout le matériel est débarqué et on prend possession du point haut de la plage : 5 mètres au dessus du niveau de la mer !

Pas un arbre, que des cailloux et un ciel bleu carte postale.

On est séparé du fort par des douves à pic de 5 mètres de profondeur et d'une dizaine de mètres de largeur, remplies d'eau de mer noirâtre. Il n'y a pas de rambarde et on est prié de regarder où on met les pieds !

La station est immédiatement installée. La verticale 40 mètres est isolée du sol avec une boite de vodka (vide évidemment), la bouteille de Ricard étant restée à Chausey ! Comme il n'est pas question de planter un piquet dans les rochers, tout ça est maintenu tant bien que mal avec des cailloux. Bref, ça se débrouille et à 10h le trafic commence.

Deux minutes plus tard, ça commence à se bousculer pour nous contacter et ça ne s'arrêtera pas jusqu'au lendemain après-midi.

On nous signale sur le packet-cluster et ça revient tous azimuts.

La 12AVQ est montée un peu plus loin et raccordée au TX de Pascal. On essaie de trafiquer à deux stations mais ce n'est pas évident du tout et les flitres miracle ne font pas de miracle.

Malgré tout, les logs se noircissent rapidement.

En attendant le début du contest qui démarre à 14h, on saucissonne.

Daniel F1DPP a l'air de souffrir dans cet environnement inconfortable et pas du tout propice à la gastronomie. De plus il commence à faire chaud et on pense plus à boire qu'à manger.

Les opérateurs de la station sont protégés par un parasol pour éviter qu'ils ne cuisent.

Pascal, qui ne décolère pas depuis le matin, nous fait encore une crise de nerfs parce qu'il ne peut pas planter sa tente sur les rochers. Dur, dur ...

A 14 heures c'est parti pour le contest. Le pile-up est permanent. Chacun se relaie au micro et le score avance gentiment.

En ce qui me concerne, le soleil commence un peu à me taper sur le système et j'essaie de trouver un peu de fraîcheur sous mon parasol.

Pascal profite de l'arrivée des plongeurs qui sont revenus faire un tour sur l'île pour faire un peu de plongée sous-marine.

Les touristes de la côte commencent à affluer sur leurs petites coques de noix.

Nous qui nous inquiétions un peu de la légalité de notre présence sur l'île, nous étions loin de penser qu'elle était autant abordée et visitée !

Tous les plaisanciers de la côte Est de la Manche s'y donnent rendez-vous.

Au plus fort de l'après-midi plus de vingt bateaux mouillent dans le chenal entre les deux îles.

Ca pique-nique dur sur les cailloux et le groupe électrogène n'a l'air de gêner personne. Nous sommes la curiosité du jour et devons répondre aux questions des visiteurs qui se demandent à quoi on joue.

A part un grand voilier qui nous tiendra compagnie toute la nuit, tout ce petit monde regagne la côte en fin d'après-midi.

Betty nous rejoint pour le gastro du soir, galamment débarquée sur le dos du président des "Squales Bernayens".

Daniel nous propose des Bolinos (publicité gratuite) que le réchaud à gaz à beaucoup de mal à réchauffer. Bref ça ressaucissonne et ça grignote dans un confort des plus rustiques pendant que les opérateurs essaient de sortir les indicatifs du brouhaha des piles-up.

Après un magnifique coucher de soleil sur la côte du Cotentin, j'essaie de récupérer un peu mais l'arrivée vers 11 heures et demie des plongeurs venus rechercher Betty annihile tout velléité d'endormissement.

Le digestif et le champagne coulent à flots jusqu'à 1h du matin avant que les zodiacs ne ramènent Betty et F5OGG sur le continent.

Daniel F1DPP fait son trou dans les rochers pour dormir. Louis F5JSK se cache derrière les bidons étanches pour chercher le sommeil. Joël F5TBA se cache lui aussi quelque part dans les rochers et quant à moi j'essaie de somnoler sous ma toile de tente pendant que Didier, Daniel et Pascal continuent à faire des QSOs avec les cinq continents.

 

Dimanche 25 Juillet - 3 heures et demie du matin

Je sors en titubant de ma tente de camping, évitant de justesse le plongeon dans les douves noyées dans l'obscurité.

Je prends la relève de Didier et Pascal et commence le trafic en télégraphie.

C'est le pile-up permanent jusqu'à 6 heures du matin, juste interrompu un bref instant par Didier qui s'est assoupi sur le vernier du TX ! Curieux, ça ne revenait plus...

Au lever du soleil, F1DPP est attaqué par des goëlands dont les rejetons se sont approchés un peu trop près, probablement intrigués par ce gros oiseau qui chante bizarrement.

Chacun prend son café dans un demi sommeil quant à moi, après avoir noirci quelques pages de log, je retourne me coucher.

Que s'est-il passé jusqu'à 10h du matin ? Demandez le aux copains, moi j'étais sous la tente.

A 10 heures, le soleil est de nouveau très présent et on peut constater les ravages qu'il a fait la veille. Les coups de soleil commencent à nous picoter le cou, le nez et les chevilles.

On se protège comme on peut avec des chiffons, des tee-shirts, des bouts de carton.

On se croirait au Sahara !

Et pendant ce temps là le trafic continue sans interruption.

On tente de faire du 80 mètres avec la FD4 qui a été tendue la veille entre le fort et la plage mais ça ne marche pas fort et on repasse sur les verticales.

Je termine le contest en télégraphie de 13h à 14h avec un score final de 1500 ce qui fait une moyenne de 62 QSOs à l'heure soit un à la minute. Ce n'est pas un très gros score et des spécialistes de contest auraient probablement fait 1000 QSOs de plus que nous.

Nous avons perdu beaucoup de temps à faire répéter les indicatifs. Notre politesse nous incitent à terminer nos contacts par des formules amicales ce qui, en contest, est autant de mots inutiles et donc de perte de temps. Le manque de puissance devrait nous inciter à trafiquer en décalé, ce que nous n'avons jamais fait.

Qu'importe, l'essentiel est de participer comme disait le Baron Pierre de Coubertin.

Avant de plier bagages, Joël fait encore quelques QSOs hors contest pour terminer sur un grand total de près de 2000 QSOs.

A 16h tout est remballé. Le seul qui nous regarde est Pascal, assis sur un rocher, le regard complètement éteint, rouge comme un homard, l'air épuisé.

Avant de partir, il nous disait que ce n'était que ce n'était une expédition pour les gamins. Il avait raison, ce n'est une expédition pour les gamins !

Les zodiacs pointent à l'horizon à l'heure convenue. Ils sont remplis en quelques minutes et nous voilà repartis vers la côte.

La mer est un peu plus agitée qu'à l'aller et notre pilote, le président des plongeurs, prend un malin plaisir à nous tabasser encore un peu plus en prenant la vague du premier zodiac.

Cela n'est pas du goût de Pascal qui craint pour son matériel vidéo ni de celui de F6DQM (c'est moi) qui a de plus en plus mal au dos et qui se demande s'il ne pas tout lâcher si ça continue encore longtemps comme ça !

L'arrivée sur la grève est un grand soulagement. L'eau y est délicieusement chaude et certains en profitent pour prendre un bain.

De retour à la base le matériel est déchargé et les douches sont prises d'assaut.

Pascal nous quitte. Il a hâte de retrouver son lit. On vous disait bien qu'il ne tenait pas le choc ! Il lui faut son "p'tit quinquin" pour s'endormir !

Les plongeurs eux aussi regagnent Bernay.

Quant aux derniers rescapés, ils s'en vont prendre l'apéro en compagnie de Louis F5JXS, revenu en voisin, et invitent les permanents de la base à venir partager leurs restes de nourriture en guise de dîner (de beaux restes ne vous y trompez pas, Daniel fait bien les choses !)

A 22 heures, Joël F5TBA est déjà au lit, vaincu par la fatigue.

 

Lundi 26 Juillet 1999 - 8 heures du matin

La nuit a été fraîche et entrecoupée de rafales de vent. Il ne devait pas faire bon être sur les rochers de Saint Marcouf !

Tout le monde se prépare pour le retour.

Petit déjeuner, chargement des voitures et derniers films et photos sur la plage où la mer est blanche d'écume avec des creux de plus d'un mètre.

Quelle chance nous avons eue Samedi matin !

Certains font déjà des projets pour une nouvelle expédition sur les îles Saint Marcouf mais y aura t'il autant de partants ?

Quand, rétrospectivement, on fait le bilan de l'expédition, on se dit qu'il faut être un peu fou, insouciant ou inconscient pour aller passer deux jours sur ce tas de cailloux.

Que se serait-il passé si nous avions essuyé un coup de tabac sur l'île ?.

Nous n'avions aucun abri pour nous replier. Les tentes et le matériel se seraient probablement envolés comme fétus de paille.

S'il avait plu nous aurions été trempés comme des soupes et le matériel aurait beaucoup souffert.

Nous avions l'impression d'être bien organisés et pourtant l'hostilité et l'inconfort de l'île auraient pu nous amener plus de désagréments que de plaisirs si le ciel n'avait pas été avec nous. Preuve en est l'expédition qui nous a précédés.

A méditer pour la prochaine fois !

Cela dit, l'expédition a été une réussite grâce à une météo favorable et à l'accueil formidable du groupe de plongeurs de Bernay. Un grand merci à eux pour leur sympathie et leur disponibilité de tous les instants.

Nous avons réalisé un trafic radio de rêve et connu une vraie expérience aussi bien pour les anciens que pour les nouveaux.

Rendez-vous fin octobre à Chausey pour de "vraies" vacances, cette fois !

F6DQM